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"Et maintenant, on va où ?", de Nadine Labaki

15-04-2011

Thomas Sotinel - Le Monde
Blog

Pour son deuxième film, la réalisatrice de Caramel s'est éloignée de Beyrouth. A la fois tragédie et comédie musicale, Et maintenant, on va où ? montre un village d'un pays du Moyen-Orient qui ressemble au Liban, vacillant au bord de la guerre civile entre chrétiens et musulmans.

Interprété par des acteurs non-professionnels et par la réalisatrice, ce sera le seul film arabe de la sélection officielle.

Thomas Sotinel a suivi une partie du tournage de ce film sur son blog. Ses 3 articles sont repris ci-dessous.

Après “Caramel”, Nadine Labaki tourne “Et maintenant, on va où?”
08/12/2010 - Thomas Sotinel


Nadine Labaki a beaucoup de chance, ou un talent qui relève de la parapsychologie. Pour la deuxième fois, elle tourne un film sans acteurs professionnels, et sur son plateau on ne devinera jamais que ce n’est pas le métier de ces comédiens talentueux. Le premier long métrage de Nadine Labaki s’appelait Caramel. Celui qu’elle tourne en ce moment a pour titre peu maniable (mais encore amendable) Et maintenant, on va où? Ce 8 décembre, elle est installée dans une belle maison de pierre de Douma, une petite ville perchée à mille mètres d’altitude, à une heure et demie de route au Nord de Beyrouth.

Le plat de résistance de la journée met en scène deux mères meurtries et un garçon qui n’est pas tout à fait encore un jeune homme. Comme cette séquence est située presque à la fin du film, on ne peut la raconter. Il suffit de savoir que Et maintenant, on va où? est un film musical, une comédie burlesque et une tragédie, qui met aux prises les femmes et les hommes d’un village encore meurtri par la guerre civile. D’un côté le principe de vie féminin qui passe par dessus les divisions religieuses, de l’autre le désir de mort masculin. Ce jour-là, pris entre les deux, le personnage adolescent d’Hammoudi, incarné par Mustapha Sakka, étudiant en business, vigile dans une galerie marchande à Saïda, qui n’avait jamais joué la comédie avant de croiser les pas d’une des recruteuses de Nadine Labaki. La performance du jeune Mustapha est étonnante de consistance et d’intensité. Il joue vraiment la comédie, comme s’il en avait appris les techniques.

Prise après prise (et Nadine Labaki aime apparemment avoir un matériau abondant), il varie légèrement sa performance (en arabe, mais au bout d’une demie-douzaine de fois, on en discerne chaque mot) avec une précision surprenante.

L’équipe s’apprête à quitter Douma, qu’elle a a occupé pendant cinq semaines, recouvrant les rues goudronnées de poussière blanche, réinventant la destination des échoppes. On sait bien que sur un plateau de cinéma rien n’est vrai. Mais comment le deviner quand on découvre pour la première fois, un pays, une petite ville, un salon libanais désuet. J’espère qu’on trouve d’aussi beaux frontons d’armoire chez les vraies grand’mères de la région.


Tournage au Liban: les sunlights et l’encens
09/12/2010 - Thomas Sotinel


Finalement, on n’a pas souvent de contempler la foule des fidèles depuis l’autel. Enfin, quand on est journaliste. Ce 9 décembre, l’équipe de Et maintenant, on va où? est installée dans l’église Notre Dame de Jeita, petit bâtiment de pierre sur les hauteurs au-dessus de Beyrouth. Pour la poste, on est rue des Églises, parce qu’il en a une seconde, moderne, en béton, juste à côté. Il y a aussi deux salles paroissiales, l’une sert de vestiaire, de salle de maquillage, l’autre accueille une veillée funèbre.

Dans le village qu’ont imaginé Nadine Labaki, Rodney Al Haddad et Jihad Hojeily (les coauteurs du scénario) il y a une église et une mosquée. Les extérieurs ont été filmés dans un village isolé de la plaine de la Bekaa, où les deux bâtiments coexistent effectivement, même si l’église est déserte. L’intérieur est donc loin de la Bekaa, dans la banlieue exclusivement chrétienne de Beyrouth. Devant l’autel, sur un pilier, se dresse une statue de la Vierge, en robe blanche et bleue, sur les joues de laquelle un accessoiriste a fait couler des larmes de sang.

A ses pieds, une dame vêtue d’une robe de chambre rouge est agenouillée, presque en transe. Dans le film, elle s’appelle Yvonne, c’est la femme du maire, une notable impérieuse. Dans la vie, elle s’appelle Yvone Maalouf*, c’est une notable de Douma, naguère membre du conseil municipal, remarquée dans une rue de la petite ville lors des repérages. C’est un autre exemple de ces “civils” qui ne savaient pas qu’ils étaient comédiens avant de croiser le chemin de la très efficace organisation de Nadine Labaki.

Devant l’une des deux grosses caméras numériques qui sont placées dans le choeur, un assistant agite un encensoir, pour faire monter jusqu’à l’objectif des fumées qui exacerberont encore l’ambiance mystique de la scène. Aujourd’hui, Nadine Labaki est en costume, elle tient l’un des rôles principaux du film (comme dans Caramel). Elle s’adresse à ses comédiens pendant les prises et les Français de l’équipe technique (le directeur de la photographie Christophe Offenstein, l’ingénieur du son Michel Casang…) qui n’entendent pas l’arabe, ne savent pas toujours si Nadine fait l’actrice ou la réalisatrice. Chaque prise dure très longtemps. Lara Chekerdjian, productrice exécutive libanaise, me fait remarquer “sur un autre tournage, les comédiens demanderaient à partir au bout d’un certain temps. Mais pour la cause de Nadine Labaki, tout le monde est prêt à travailler très tard”. Et puis, c’est un bon endroit pour les pratiques ascétiques.

Post scriptum: voici une image du jeune comédien Mustapha Sakka qui m’a impressionné hier.



PPS: le tournage s’achève dans dix jours. Le film sera terminé au printemps 2011; il sortira dans les mois qui suivent.

* et non pas Anjo Rihane comme je l’avais écrit. Le personnage que joue cette dernière - l’une des rares comédiennes professionnelles de la distribution - s’appelle Fatmeh. Toutes mes excuses aux intéressées. Pour tout avouer j’ai aussi corrigé le nom du directeur de la photo et rajouté celui du troisième scénariste que j’avais oublié.


Liban : Filmer dans la tourmente
12/12/2010 - Thomas Sotinel


Depuis mon arrivée au Liban, mardi, on annonçait une tempête. Ces dernières semaines, le temps a été exceptionnellement doux, chaud, même. L’équipe de Et maintenant, on va où? en a largement profité, jouissant d’une belle lumière pour ses extérieurs pendant que les agriculteurs désespéraient de voir la pluie tomber.

Vendredi, elle est arrivée, accompagnée de foudre et de vent. Samedi, dans la petite église de Jeita où il restait encore de nombreuses séquences à tourner, l’ambiance s’est faite électrique. Une équipe de cinéma se se constitue en micro société, dans laquelle les rapports sont peut-être exacerbés par le caractère éphémère du groupe. Bref, les humeurs étaient volatiles. Seules les chèvres venues pour accompagner le berger Abou Ali (interprété par un employé de la voirie) ont gardé leur calme, elles sont reparties avec leur chauffeur, sans se départir de leur mine hautaine.

Une journée de mauvaise humeur n’est pas grand chose si on la mesure à l’aune de l’aventure de ce tournage, commencé le 18 octobre à Taibe. Ce village avait donc été choisi parce qu’on y trouvait une église et une mosquée. Aujourd’hui, la population est presque exclusivement musulmane et Taibe se trouve dans la zone d’influence du Hezbollah. On y compte quelques centaines d’âmes qui ont vu débarquer une équipe de cinéma. Claude Baz Maswbaa, directrice d’école de musique, qui tient l’un des premiers rôles du film se souvient qu’on avait recommandé aux acteurs de ne pas parler politique en présence des villageois.

Certains Français de l’équipe ont été surpris de voir les maisons des chrétiens en ruines et y ont vu la conséquence d’affrontements. Les habitants ont affirmé qu’il n’y avait pas eu de combats chez eux, seulement un exode et que l’état des maisons est dû à leur abandon. Chacun a ramené de ces trois semaines de tournage au village une version de son histoire.

En se lançant dans ce projet, Nadine Labaki s’est exposé à bien des dangers artistiques (le mélange des genres, appliquer sa méthode de travail si particulière à un projet aussi ample) et politiques (le scénario, dont elle garde jalousement le secret heurtera probablement les appareils religieux, même s’il a passé la censure de la Sûreté nationale, assistée de clercs de toutes obédiences). Et puis il y a l’histoire et ses convulsions. Ces temps-ci, une bonne partie du pays (à laquelle n’appartient pas l’équipe de Et maintenant… toute entière occupée par le film) vit au rythme très lent de la procédure engagée par le Tribunal spécial pour le Liban, juridiction internationale, afin de déterminer les responsabilités dans l’assassinat du premier ministre Rafic Hariri en 2005. La publication des actes d’inculpation est attendue et redoutée, elle pourrait précipiter un nouvel épisode de guerre civile. Sans vouloir lever le secret du scénario, le village de Et maintenant on va où?, vit en permanence au bord du gouffre. Quand je demande à Claude Baz Msawbaa si des éléments du scénario l’ont choquée, elle répond “non, ce film on le vit tous les jours”.

PS Touristique

Tout ça, on ne le devinerait jamais en allant voir The Tourist à l’ABC Mall de Beyrouth. Je me suis précipité sur le film de Florian Henckel von Donnersmarck, qui est sorti au Liban le même jour qu’aux Etats-Unis. En France, on le verra mercredi et les journalistes (en tout cas ceux du Monde) n’ont pas été invités à voir ce remake d’Anthony Zimmer, de Jérôme Salle. Samedi soir à l’ABC Mall, une chose immense posée au milieu du quartier d’Achrafieh dans laquelle on trouve un multiplexe qu’on ne peut distinguer d’un autre, les deux salles qui projetaient The Tourist étaient combles. Le public qui témoigne d’une telle confiance dans les talents de Johnny Depp et Angelina Jolie était jeune et fortuné (le billet coûte 10 000 livres libanaises, environ six euros). On se sentait plus dans une ville au bord d’un dimanche de farniente que dans une veillée de guerre civile. Le film était sous-titré en français et en arabe. Après le dernier coup de feu de la fusillade finale, une voix de jeune femme a fait en arabe un commentaire qui a fait rire toute la salle.

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