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Derrière les discussions sur le mode de scrutin, les règlements de comptes...

02-02-2017

Scarlett HADDAD - O.L.J.

Les discussions pour l'adoption d'une nouvelle loi électorale ressemblent de plus en plus à des règlements de comptes. Toutes les parties politiques qui s'étaient inclinées (à contrecœur) devant l'inéluctabilité de l'élection du général Michel Aoun à la présidence semblent soudain décidées à prendre leur revanche à la faveur des prochaines législatives.

Publiquement, les objections à l'adoption d'une nouvelle loi électorale proviennent du camp de Walid Joumblatt qui ne cache pas sa volonté d'en rester à la loi actuelle, qui lui donne la haute main non seulement sur les sièges druzes mais aussi sur les sièges chrétiens du Chouf et de Aley. Mais Joumblatt a le mérite d'être le plus franc, car d'autres parties le soutiennent discrètement, comme les Marada, et même les Kataëb, l'ancien Premier ministre Nagib Mikati, l'ancien vice-président du Conseil Michel Murr et d'autres, dont évidemment le courant du Futur, même si ce dernier n'avance pas ses réserves sur fond de volonté de mettre en difficulté le président de la République. En effet, les appréhensions du courant du Futur sont connues et probablement justifiées s'il faut tenir compte des résultats des dernières élections municipales et de la guerre sans merci que compte lui livrer l'ancien ministre de la Justice Achraf Rifi.

Par contre, la position du président de la Chambre Nabih Berry reste une énigme. Officiellement, Berry a constamment indiqué sa préférence pour une loi basée sur le mode de scrutin proportionnel, avant de proposer par le biais du député Ali Bazzi, membre de son bloc parlementaire, une formule mixte, qui n'a pas plu aux autres composantes politiques. Berry a ensuite affirmé à plusieurs reprises qu'il n'est pas question pour lui d'accepter un projet de loi qui n'aurait pas l'aval de Walid Joumblatt. Or ce dernier refuse tout changement et annonce sa préférence pour le maintien de la loi actuelle. Comment Berry peut-il concilier ces positions, sachant qu'au cours de la dernière réunion de la commission quadripartite, mardi soir, son représentant, le ministre Ali Hassan Khalil, a exprimé son opposition au projet de loi défendu par le ministre Bassil ? Des sources proches de Aïn el-Tiné affirment que le président de la Chambre ne cherche absolument pas à mettre en difficulté le président de la République et que la page de son élection (à laquelle il était hostile) est définitivement tournée pour lui. Avec son allié, le Hezbollah, Berry a maintes fois déclaré qu'il préfère le mode de scrutin proportionnel qui lui paraît plus équitable. Mais il comprend en même temps les appréhensions des autres composantes politiques, notamment Walid Joumblatt et le courant du Futur. Selon les sources de Aïn el-Tiné, en dépit des préférences des uns et des autres et du souci d'une représentation équitable, la priorité reste à la stabilité interne qui exige à son tour qu'aucune partie ne se sente exclue. Aujourd'hui, les yeux du monde sont tournés vers le modèle libanais de coexistence, qui est basé sur la participation de toutes les composantes de la société, indépendamment de leur nombre. C'est d'ailleurs ce principe qu'avait invoqué le CPL en l'appelant « la participation effective » pour expliquer la nécessité d'élire « un président fort ».

Or ce principe doit être valable pour toutes les autres parties. C'est pourquoi il est indispensable de tenir compte de toutes les appréhensions, sachant qu'une loi qui déplaît à une partie, notamment le parti de Joumblatt, peut être une source de déstabilisation en créant des frustrations qui finiront par s'exprimer d'une façon violente. C'est donc par souci de préserver le modèle libanais que le président de la Chambre souhaite un projet qui obtienne l'aval de toutes les composantes politiques. Mais c'est justement là que le bât blesse. Comment trouver cette formule magique qui devrait plaire à tout le monde, tout en étant moderne et équitable, et éviter que les élections se transforment, pour cause d'accord total, en nominations ? Les sources proches de Aïn el-Tiné rappellent à cet égard que c'est bien pour cette raison qu'avant l'élection présidentielle, Nabih Berry avait appelé à l'entente sur un « package deal » global pour éviter les conflits et les impasses à chaque décision importante. On l'avait alors accusé de vouloir emprisonner le nouveau président dans des accords préalables, mais en réalité, cela aurait permis d'éviter l'impasse qui se profile à l'horizon.

Les sources proches du Hezbollah, elles, sont moins pessimistes. Elles estiment que les discussions sont encore ouvertes et que de nouvelles propositions sont évoquées. Il s'agit soit d'apporter certains changements aux amendements proposés par le courant du Futur à la loi dite Bassil, soit de remettre sur le tapis le projet du gouvernement Mikati, une proportionnelle totale sur la base de 13 circonscriptions. Le CPL avait alors réclamé qu'elles deviennent 15, mais sinon ce projet avait obtenu l'aval de toutes les parties à cette époque. Selon les sources du Hezbollah, ce parti se déclare ouvert à toutes les suggestions et il voit dans la désignation du député Alain Aoun (pour remplacer le ministre Bassil qui a pris hier l'avion pour l'Afrique du Sud) au sein de la commission quadripartite comme un signe positif de la volonté de toutes les parties de poursuivre le dialogue. Ces mêmes sources précisent que le Parlement a pratiquement jusqu'au 19 mai la latitude d'adopter une nouvelle loi électorale, quitte à décider par la suite un report technique de quelques mois des élections législatives...

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