Au Liban, le Département des renseignements des Forces de sécurité intérieures (FSI), proches de la coalition du 14 mars, se trouve ces derniers temps dans le collimateur.
Son comportement est d’autant plus suspect qu’il s’attelle depuis le discours du secrétaire général du Hezbollah Sayed Hassan Nasrallah à démanteler le lien que son éminence avait opéré entre d’une part le réseau d’espions récemment dévoilé et entre d’autre part l’enquête internationale du Tribunal spécial pour le Liban.
Le numéro un du Hezbollah lui avait aussi demandé des comptes, l’interrogeant s’il avait pris connaissance de ce réseau, en l’occurrence de l’agent Charbel Kazzi, avant qu’il ne soit découvert par les services de renseignements de l’armée libanaise.
Ce questionnement n’est pas fortuit, explique l’analyste du journal libanais Al Akhbar Hassan Olleik. En 2006, et à la demande de l’ancien chef du département des renseignements le général Wissam Al Hassan, le Hezbollah avait livré une liste de noms de personnes suspectées de travailler pour la solde d’Israël. En réponse de quoi il ne reçut qu’une réponse négative.
Or il s’est avéré que le Directeur adjoint des FSI, Haytham Sahmarani arrêté en 2009 par les renseignements de l’armée a été inculpé d’espionnage au profit d’Israël. Son nom figurait sur la liste du Hezbollah.
Dès lors, conclut Olleik, la crise de confiance du Hezbollah à l’encontre de ce département est plus que permise.
Le rédacteur en chef du quotidien libanais Al Akhbar Ibrahim El Amine s’est lui aussi arrêté sur ces efforts de séparation entre les deux affaires, déployés avec tant de zèle de la part des FSI conjointement avec les forces de la coalition du 14 mars, (ou ce qu’il en reste) et qui ne peuvent que lui sembler très suspects.
Il décèle entre autre trois tentatives dans le discours des deux parties :
Celle de réfuter tous les soupçons qui pourraient être adressés aux FSI, sur leur part de responsabilité dans l’affaire du réseau d’espions, vu qu’ils auraient dû être arrêtés bien avant.
Celle de refuser d’admettre qu’Israël puisse avoir infiltré le réseau de télécommunication de téléphonie mobile sur le dossier de l’assassinat de Hariri.
Celle de clore définitivement le dossier des espions pour se concentrer totalement sur celui du TSL, prétendant que rien ne peut ébranler son travail.
Selon El Amine, en s’obstinant sur cette séparation, le département semble vouloir à tout prix faire éviter à Israël d’être trempé de près ou de loin dans cet assassinat. L’entité sioniste ne peut qu’être soupçonnée vu qu’elle détient grâce à ses agents récemment découverts la totalité des données des télécommunications libanaises, et pourrait en conséquent l’avoir manipulé.
Surtout que selon El Amine, l’enquête menée par le commissaire actuel du TSL Daniel Bellemare et son prédécesseur Serge Bramertz est totalement basée sur des données recueillies par les FSI des réseaux de télécommunication de téléphonie mobile. Celles-ci évoquent trois réseaux fermés, liés les uns aux autres et impliquant -selon les assertions du Département des FSI- un membre du Hezbollah, Abdel Majid Ghamlouche .
Si la crédibilité de ces donnée est douteuse, c’est toute l’enquête internationale qui risque de s’effondrer. Une fois de plus…
Or, ce qui rend encore plus suspect le département des renseignements, selon El Amine, et qu’il est soupçonné d’avoir fabriqué tous les faux espions qui ont fourvoyé l’enquête sur l’assassinat de Hariri à ses débuts, d’avoir été derrière l’incitation à la haine menée contre la Syrie et des personnalités qui lui sont proches, et d’être aussi derrière les suspicions semées sur une soi-disant implication du Hezbollah dans cet assassinat. |