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Le Liban pourrait découvrir de nouvelles richesses...

29-06-2010

Scarlett Haddad - L'Orient Le Jour

Le Liban approche de l'heure de vérité. Depuis des années, l'affaire de l'existence de gisements pétrolifères et gaziers au large des côtes libanaises est soulevée dans la presse avant d'être vite étouffée. Au point que, pour de nombreux Libanais, il ne s'agissait que des divagations d'illuminés cherchant à les faire rêver. Le Liban, une puissance pétrolière ou gazière ? Cela faisait sourire les sceptiques. Et pourtant... Aujourd'hui, la rumeur revient avec plus d'insistance et on ne peut que se demander pourquoi un dossier si important, surtout pour un pays endetté comme le Liban, n'a pas été ouvert en grand par les autorités qui se sont succédé à la tête du pays ? Il est vrai que le pays n'a pas vraiment connu de longues périodes de calme qui lui permettaient de se consacrer à ce genre d'affaires, depuis des décennies. Il en a bien été question dans les années 2000 entre le président de l'époque Émile Lahoud et le Premier ministre d'alors Rafic Hariri. Une société française avait même proposé de procéder à une étude approfondie au large des côtes libanaises, mais les tiraillements politiques de l'époque ainsi que l'omniprésence des Syriens avaient poussé les responsables à ne pas ouvrir un sujet aussi délicat.
Aujourd'hui, le Liban est souverain, au moins officiellement, et il n'y a plus de raison pour retarder l'examen de ce dossier délicat, qui pourrait changer la face du pays. Le ministre de l'Énergie Gebran Bassil a d'ailleurs présenté au gouvernement un projet de loi sur la question depuis trois mois, pour réglementer l'opération de forage et d'extraction des gisements pétrolifères et gaziers s'ils existent, ainsi que pour la gestion des sommes supposées colossales qu'ils pourraient fournir au Trésor. Mais le gouvernement, qui avait créé une commission spéciale pour étudier ce projet, a pris son temps, comme il le fait d'ailleurs avec tous les dossiers qui lui sont soumis, considérant par exemple que l'adoption du projet de loi sur le budget est prioritaire. Il a donc fallu qu'Israël passe à l'étape de la concrétisation de la recherche des gisements au large de ses côtes et multiplie les menaces à l'égard du Liban pour l'empêcher de revendiquer ses droits légitimes sur les fonds marins dans une zone qui pourrait être controversée, pour que les Libanais comprennent soudain l'importance et l'urgence du dossier. Si Israël y porte autant d'intérêt et prend les devants, cherchant visiblement à couper court à toute velléité du Liban de réclamer ses droits sur les fonds marins, c'est que l'affaire est sérieuse. Le président de la Chambre s'est ainsi empressé de réagir, poussant son adjoint politique, le député Ali Hassan Khalil, à présenter au Parlement un projet de loi sur la question. Ali Hassan Khalil s'est bien défendu de vouloir retirer le tapis sous les pieds du gouvernement, mais en raison de la lenteur de ce dernier, il affirme avoir simplement voulu accélérer le processus. De son côté, le ministre de l'Énergie Gebran Bassil a insisté sur le fait qu'il n'y a pas de contradiction fondamentale entre les deux projets de loi et que ce qui compte en définitive, c'est que le Liban soit doté d'une loi qui lui permette de gérer ce dossier en toute clarté et transparence. D'autant que, selon les experts, Israël pourrait commencer les travaux de forage et d'extraction à partir de 2012. Il faut donc agir vite pour ne pas se retrouver devant un fait accompli. Dans son projet, le ministre Bassil propose notamment la création d'un fonds souverain qui serait géré par une commission spéciale formée du président de la République, du Premier ministre, des ministres de l'Énergie, des Finances et de l'Économie en plus du gouverneur de la Banque centrale. Ce fonds pourrait servir à des investissements et à réduire la dette publique. Il serait en quelque sorte une garantie pour le Liban, un peu comme l'or. Un rapport annuel serait soumis au Parlement sur la gestion du fonds, afin que celui-ci ait son mot à dire sur la question. Le ministre Bassil a aussi précisé que si le processus légal est accéléré et le tracé des frontières maritimes achevé, le Liban pourrait commander une étude approfondie sur les gisements recherchés dans un an et demi ou deux.

Selon des sources proches du président de la Chambre, le projet de Ali Hassan Khalil n'est pas forcément différent de celui du ministre Bassil et de toute façon, il serait possible de fusionner les deux projets, une fois celui du ministre adopté par le gouvernement. Mais les mêmes sources s'étonnent des atermoiements du gouvernement, en se demandant si le moment est réellement propice pour discuter qui du gouvernement ou du Parlement doit présenter son projet aux députés, alors qu'Israël profite des hésitations officielles libanaises pour accélérer de son côté ses recherches dans les fonds marins et essayer de voler des ressources qui devraient revenir au Liban.
Le premier écueil a été franchi hier puisque les députés du Courant du futur qui avaient boycotté la première séance consacrée à l'examen du projet présenté par Ali Hassan Khalil ont décidé d'assister à la seconde séance et, en même temps, le gouvernement a été prié d'étudier le projet de Bassil le plus rapidement possible. Mais des sources de l'ex-opposition craignent que les choses traînent de nouveau en longueur, par inconscience, par volonté d'obtenir une part dans le nouveau gâteau, ou encore parce que, par décision internationale, le Liban devrait rester un pays endetté, au bord de la faillite, pour exécuter les plans établis pour lui par la communauté internationale. Une fois de plus, le spectre de l'implantation des Palestiniens se dessine en toile de fond. Des craintes justifiées ? Seul le temps permettra de répondre à cette question. Mais le temps c'est justement ce qui manque aujourd'hui.

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