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Le Liban expliqué aux nuls (et aux curieux)

22-12-2017

Joséphine HOBEIKA - OLJ





Emilio el-Dib est né à Beyrouth dans les années quatre-vingt et a grandi dans le Liban de l’après-guerre civile. Comme de nombreux Libanais, il est parti poursuivre ses études supérieures en France et s’y est installé. « À l’issue d’un repas de Noël avec ma belle-famille, au cours duquel on m’a posé beaucoup de questions sur le Liban, je me suis dit que j’allais chercher un ouvrage synthétique et sans parti pris qui résumerait les principales données historiques, géographiques, sociales et culturelles, afin de donner des clés de lecture pour appréhender la complexité du pays, raconte l’ingénieur en aéronautique. Je me suis alors rendu compte qu’il n’existait pas de livre succinct et rigoureux sur le Liban, ce qui laisse fleurir des simplifications périlleuses, ainsi que des fantasmes et des mythes historico-politiques. »

Emilio el-Dib entame alors un travail de recherche à l’intention de ses proches, qui est publié par la suite pour un éventail de lecteurs plus vaste.
Outre le souci de suivre de manière chronologique les différents héritages culturels, Emilio el-Dib répond, dans son Liban expliqué à mes proches (éditons Prudent Pigeon), à des questions que se posent les touristes au Liban : quelles sont les traces de la guerre civile, dans un pays où églises et mosquées semblent coexister pacifiquement dans la vie quotidienne ? Comment expliquer un niveau de vie qui semble élevé et la classification du Liban parmi les pays du tiers-monde? Face à la désertification qui est en marche avec les problèmes de pollution, la gangrène des carrières, les constructions sauvages, quelles sont les actions menées pour préserver la beauté des paysages ? À ce sujet, l’auteur propose une approche intéressante, il compare le Mont-Liban au Mercantour (une région française à laquelle il aurait pu ressembler s’il avait été préservé, affirme-t-il), mais aussi à Babylone : « Babylone, comme le Liban, occupait une place centrale dans le croissant fertile. On a longtemps chanté sa prospérité et son abondance, qui est loin de correspondre à l’Irak actuel. Combien de temps encore avant que la même moquerie ne rattrape le Liban ? »

« Les mêmes pierres »
« Mon texte s’adresse à des lecteurs européens, mais aussi aux Libanais, à qui il propose une approche neutre et sans polémique, notamment ceux qui sont nés après la guerre et qui héritent d’un passé vertigineux à dénouer », insiste Dib.
Jusqu’à présent, le livre semble être bien accueilli en France car il répond à une réelle demande. Le 10 mars, Emilio el-Dib signera son texte à Aix-en-Provence, dans le cadre des rencontres intitulées « Héritages et histoires – pont de culture Aix-Baalbeck».

Qu’en est-il des lecteurs libanais? « J’ai découvert que la majorité d’entre eux préfèrent lire en anglais; une traduction sera donc éditée sous peu. »
L’auteur, qui a des amis issus de toutes les communautés, avoue par ailleurs être stupéfait par les réactions des uns et des autres : « Très nettement, ceux qui ont grandi dans des familles chrétiennes connaissent bien l’héritage phénicien, grec et romain, mais ont été surpris par la richesse culturelle du passé arabo-musulman du pays. Mes amis du Chouf, de la côte ou de Baalbeck ont pu réaliser que le passé grec et romain du Liban était aussi dense que l’histoire arabo-musulmane. En fait, on ne voit pas le même pays, même s’il a la taille d’un petit département français. On n’interagit pas avec la même histoire et la même identité dans la société libanaise. Ce sont les mêmes pierres, les mêmes arbres, mais ils n’ont pas la même signification selon les personnes. La citadelle de Saïda est pour les uns une forteresse des califats, mais pour les autres, elle incarne l’héritage phénicien et la présence des croisés. »
À la fin de son livre, l’auteur interroge le concept de nation libanaise, précisant qu’« un sens d’appartenance commun au Liban n’a pas besoin d’être exclusif ». La démarche de l’auteur, louable parce qu’elle expose la richesse de l’héritage culturel du pays du Cèdre, remet également en perspective les crispations identitaires actuelles sur cette « parcelle du ciel posée sur la terre ».

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